A cette époque, les Indiens qui connaissaient également le régime des moussons ont certainement atteint le littoral oriental de l'Afrique à partir de la côte Nord-ouest de l'Inde en voyageant vent arrière.
L'Egypte avait été ouverte aux peuples méditerranéens par les Rois Psammetic (664-610 avant J.C.) et Néchao (610-594 avant J.C.). Les Grecs et les Phéniciens s'installèrent dans la vallée du Nil et mirent leur science nautique au service des pharaons. Cependant, seuls les Phéniciens furent autorisés à naviguer en mer Rouge. C'est sous le règne de Néchao que se place le fameux périple de circumnavigation autour de l'Afrique qui fit couler tant d'encre et qui soulève encore tant de passions. De nombreux savants, historiens et navigateurs se penchent toujours sur le texte d'Hérodote qui pose l'une des énigmes les plus célèbres de l'histoire.
Il relate le voyage effectué par un capitaine phénicien vers 600-595 avant J.C. sur les instructions du Pharaon Néchao. Si on en croit Hérodote, ce hardi navigateur, parti de Suez boucla complètement le périple d'Est en Ouest et retourna en Egypte par Gibraltar après avoir fait le tour complet de l'Afrique. Voici ce que dit Hérodote :
"La Libye, c'est-à-dire l'Afrique, est entourée par la mer sauf dans sa partie qui borde l'Asie, Néchao, roi d'Egypte, étant le premier à nous montrer ce fait. En effet, quand il eut terminé le creusement du canal qui s'étend du Nil au golfe d'Arabie, il envoya sur des navires des hommes de Phénicie avec la mission de retourner jusqu'aux colonnes d'Hercule et à la mer Septentrionale (Méditerranée) et de revenir ainsi en Egypte. Donc, les Phéniciens, partant de la mer Rouge, parcoururent la mer Méridionale (mer d'Arabie et l'océan Indien) et, chaque fois que l'automne venait, ils tiraient leurs bateaux sur le rivage et ensemençaient le pays, quel que fût l'endroit de Libye où ils se trouvassent et ils attendaient la moisson. Alors, ayant récolté le grain, ils appareillaient de nouveau. Ayant ainsi fait pendant deux ans, ils doublèrent les Colonnes d'Hercule dans la troisième année et parvinrent en Egypte. Et ils racontèrent des choses croyables peut-être pour d'autres mais incroyables pour moi, entre autres, qu'en tournant autour de la Libye, ils avaient le soleil à leur droite. Ainsi fut découverte, pour la première fois, la Libye" .
La controverse qui s'est établie dès l'antiquité sur le récit d'Hérodote dure encore. Polybe, historien et explorateur de l'Afrique, et Posidonius, philosophe, physicien, restaient sceptiques. Dans les temps modernes, Bougainville était hésitant ; Rannel, Wheeler et surtout Müller furent parmi les savants les partisans plus vigoureux de la réalité du périple. E.J. Webb était le chef de file des sceptiques.
L'hypothèse de Wheeler semble la plus vraisemblable. Le départ aurait pu avoir lieu en mai. Poussés par le vent du nord qui balaie la mer Rouge jusqu'en septembre, les navires phéniciens auraient reconnu Guardafui en octobre à l'époque de la renverse des moussons. Entraînés par le vent du Nord-Est et le rapide courant de Mozambique, ils auraient doublé le Cap de Bonne Espérance en avril de l'année suivante pour se trouver au nord de l'Equateur en juillet au plus tard. Compte tenu des nombreux arrêts, ils auraient atteint le Sénégal en mars de la seconde année et l'Egypte dans le courant de la troisième année. Il y a malheureusement peu de chance d'entrer dans le détail de cette navigation et pour en tracer un itinéraire , car les Phéniciens entouraient leurs voyages d'un secret extraordinaire et conservaient, même à leur retour en Egypte, un mutisme implacable sur le déroulement de leurs expéditions et l'étendue de leurs découvertes.
Les Grecs Les Grecs ne pénétrèrent dans la mer Rouge que sous le règne de Darius, roi des Perses (521-486 avant J.C.). Alors que, dès le Xe siècle avant J.C., les Hébreux et les Phéniciens voguaient vers les pays fabuleux de l'Ophir, les Grecs d'Homère étaient cantonnés dans la Méditerranée orientale. Les Arabes, de Suez à à l'Euphrate, barraient la route aux peuples du nord. En outre, l'Egypte restait, jusqu'au milieu du VIIe siècle avant J.C., un pays fermé et les colonies grecques, autorisées à séjourner sur le bras occidental du Nil, ne s'aventuraient pas jusqu'aux rivages de la mer Rouge.
Il fallut attendre la conquête de l'Egypte par Cambyse, fils de Cyrus le Grand, en 525 avant J.C. pour que les Grecs fussent autorisés à naviguer en mer Rouge et dans l'océan Indien. Après le voyage de Scylax de l'Indus à Suez, les Perses laissèrent les Grecs s'installer à Kosséir et leurs vaisseaux s'aventurer jusqu'au Yémen. Les Grecs ne savaient encore rien de l'Afrique orientale et du golfe Persique et leurs croisières dépassaient rarement Bab el-Mandeb, dont la mauvaise réputation suffisait à freiner l'esprit d'aventure de leurs capitaines.
Mais la grande dynastie des Ptolémée allait bientôt donner à la navigation grecque une puissante impulsion. Ptolémée ler Soter (fils de Lagus), général d'Alexandre le Grand, était monté sur le trône d'Egypte en 323 avant J.C. à la mort de son souverain. Il avait accompagné Alexandre aux Indes et reconnu l'importance du commerce indien avec l'Egypte. Dès qu'il fut sur le trône, il fit construire de grands navires et les envoya explorer la mer Rouge sous les ordres de l'amiral Philon pour forcer la barrière arabe qui s'opposait farouchement à la percée des Grecs. En outre, il avait reconnu aux Indes la puissance au combat des éléphants de guerre et désirait s'en procurer, dans le sud de la mer Rouge pour armer ses légions.
Ptolémée II Philadelphe qui régna de 285 à 246 avant J.C. accentua encore les explorations de la mer Rouge. Ses navires franchirent Bab el-Mandeb et trafiquèrent avec les naturels de la côte des Somalis. Il ouvrit sur la mer Rouge de nouveaux ports reliés au Nil par d'excellentes routes et fonda des stations de chasse à l'éléphant jusqu'à Bab el-Mandeb. Il envoya Aristote et Pythagore explorer les côtes du Hedjaz et d'autres représentants de son autorité poussèrent même jusqu'à Gardafui, laissant sur les différents points de la côte Ouest de la mer Rouge et de la côte des Somalis des piliers et des autels pour marquer les points extrêmes de leur avance.
Son successeur Ptolémée III Evergète I (246-222 avant J.C.) organisa la chasse sur un pied militaire et établit sur la côte des Somalis des positions solides qui lui permirent de créer de nouvelles relations commerciales.
Après lui, la belle période des Ptolémée prit fin et les successeurs d'Evergète I ne conservèrent pas le même esprit d'aventure et de commerce qui poussa les navigateurs grecs jusque dans l'océan Indien. La mer Rouge et le golfe d'Aden avaient été explorés jusqu'à Gardafui et la côte orientale de l'Afrique jusqu'à Rhapta. Mais la barrière arabe de l'Hadramout et du golfe Persique tenait bon. Les Sabéens du Yémen et les Himyarites, le long de la côte de l'Hadramout, essayèrent par tous les moyens d'empêcher les Grecs d'atteindre les Indes par la mer. Seul, Eudoxe de Cyzique, sous le règne de Ptolémée IX, Evergète II en 146 avant J.C., réussit à effectuer deux voyages d'Egypte aux Indes et en revint à chaque fois avec une cargaison d'aromates et de pierres précieuses. Dépouillé par son souverain, il abandonna ses tentatives.
Pendant le second siècle avant J.C., malgré la décadence des Ptolémée et les difficultés dans lesquelles se débattait le Royaume d'Egypte, les marchands grecs continuèrent néanmoins à leurs risques et périls de commercer avec la côte occidentale de la mer Rouge. L'empire romain, au fait de sa puissance, recherchait les articles de luxe orientaux et les commerçants égyptiens approvisionnaient de leur mieux la grande capitale occidentale.
Le dernier siècle avant J.C. vit l'effondrement de la dynastie des Ptolémée et l'Egypte passa sous la domination romaine en 31 avant J.C.. La dynastie avait cependant laissé une oeuvre admirable.
Grâce aux géographes grecs : Pline, Artémidore, Agatharchide et tant d'autres, la mer Rouge et ses côtes étaient connues et soigneusement décrites. Le "Périple de la mer Erythrée", véritables instructions nautiques, permettait aux navigateurs de se rendre d'Egypte jusqu'à Bab el-Mandeb, Socotra et même aux Indes. De nombreux ports d'escale jalonnaient cette route maritime grecque. Ils s'échelonnaient ainsi d'après les dernières estimations :
* Somalie côte orientale d’Afrique :
Avalites (Zeila) , Tabas (mas Chenaref) , Malao (Berbera) , Panon Khor Benna) ,
Kundu (Mait) , Opone (Dante-Ras-Hafun) , Mosylon (Ras Chan) , Pano (Obbia) ,
Cobe (Botiala) , Serapion (Brava) , Elephant Potamia (Alula) , 20 îles Pyralaes(Mombassa) ,
Borae Obnoxia (Oloch) ,Rhapta (Dar es Salam ou (Bagamoyo)
* côtes ouest de la mer Rouge et côtes est de la mer Rouge :
Arsinoe-Cléopatris (Suez) , Aélanna (Eilath-golfe d'Akaba) , Myos-Hormos (Ras Abou-Char)
Leuco Come (El Haura -25°) , Albus Portus (Kosseir) , Egra (Yambo),
Bérénice( Ras-Benas) , Napogus Vicus (Hoddeidah), Ptolémais Epitheras (île Er-Rih) ,
Sosipoi Portus (Moka) (Asqiq(18° 2 N) , Ocelis (Cheik Said ) , Adulis (golfe de Zula) ,
Arabia Eudaemon (Aden) , Arsinoe (Raheita - détroit de Bab el-Mandeb), Cane (Bali Haf) ,
Dirae (Ras Syan - République de Djibouti , Syagrus Prom. (Ras Fartak)
Bérénice Epidires (Obok), Ile Sérapidis (île Masirah)

Comments
Il relate le voyage effectué par un capitaine phénicien vers 600-595 avant J.C
je suis loin d'être un connaisseur en histoire et encore moins en marine, mais Hérodote a vécu minimum une centaine d' années après cette navigation ..ce qu' il relate n'est donc pas de la " première main " , ce que n' empêche pas, bien sûr, que ça ait réellement été fait !
bonne journée et bon W.E..
Si les Grecs ont bien été présent en mer Rouge après la conquête de l'Egypte par Cambyse, ils l'ont été sûrement dans le Golfe dès le début du IV°s, voire même dès le V°s avant l'ère. Donc bien avant le passage de Néarque, l'amiral d'Alexandre sur le retour de Karachi après la fameuse tentative de conquête de l'Inde (Pakistan et Penjab indien) par le "jeune dieu" vers -327. On sait l'échec des armées greco-afghano-persanes face aux éléphants du roi pendjabi Pôros
Néarque et ses hommes ont "redécouvert" une île au large de Koweït alors nommée Ikaros dans le Chatt el-Arab, aujourd'hui Faylaka. Y subsistent les vestiges d'une vraie cité grecque (déjà à l'époque de Néarque, donc plus ancienne encore) qu'on peut encore voir comme je l'ai vue en solitaire en 1982 (île déserte !)
Quant à Hérodote, s'il rapporte bon nombre de vérités ethno-gégraphiques, on sait par ailleurs qu'il était coutumier de la "fabulation" non pour "inventer" comme cela était coutume à l'époque mais "meubler" le défaut d'information.
Un beau voyage voxien qui me "parle" beaucoup. Merci pour les souvenirs qu'elle m'évoque pour avoir longuement vécu sur la mer Rouge (Arabie) et voyagé de Djeddah à Hodeïda et Djibouti, sans parler du Golfe, Mozambique et RSA.
Une belle contribution qui mérite largement sa place dans Orientalis :-)
Néarque le Crétois est au programme d'un de mes prochains articles.
Depuis l'antiquité et sur toutes les cartes du monde, y compris arabe, cette mer était notée à tour de rôle Limen Persikos des Grecs, Sinus Persicus des Latins, Bahr al Farsi des géographes arabes médiévaux. Puis "Golfe persique" dans les langues modernes européennes.
Bien qu’Hérodote n’en fasse pas mention, le Golfe Persique était sans doute connu des Grecs depuis le VIe siècle avant J.-C., principalement grâce au périple de Scylax sur ordre de Darius Ier.
Mais c’est l’expédition de Néarque , depuis les bouches de l’Indus jusqu’à l’Euphrate, qui fit véritablement entrer le Golfe Persique dans la connaissance grecque à la fin du IVe siècle.
Aux IIIe et IIe siècles Av.J.-C. , Eratosthène construisit par raisonnement la première carte du monde à l’échelle, en distribuant selon un réseau de méridiens et de parallèles les données empiriques recueillies auprès des voyageurs grecs.
Le Golfe Persique y jouait un rôle important car il était placé sur le même méridien que la mer Caspienne considérée par les Grecs comme un golfe de l’Océan extérieur et non pas comme une mer fermée.
Merci de tes explications et bon week-end.
Mais moi j'adore venir ici et lire ce que tu nous mets sur ton blog, c'est très instructif !
Je te souhaite une très bonne soirée à bientôt mon ami !