Le 16 janvier 1998, une expédition franco-australienne venait de découvrir dans le sable de la côte désertique de l'île Dirk Hartog, au nord-ouest de l'île-continent, les preuves de la prise de possession de l'Australie au nom du Roi de France Louis XV, le 30 mars 1772, par un officier de marine breton, Louis Aleno de Saint Aloüarn
L'Australie vient d'installer une plaque commémorative sur la côte australienne près de l'endroit où, en mars 1772, le navire le Gros Ventre, commandé par Louis de Saint Aloüarn (né à Guengat en 1738) jeta l'ancre et où se déroula une cérémonie de prise de possession de la région au nom de Louis XV, roi de France. Le texte dit ceci : " Le 30 mars 1772, l'explorateur français Saint Aloüarn mouilla devant ce point de la côte avec son navire le Gros Ventre et envoya un officier pour prendre possession de la région au nom de la France. Pour cela, un document attestant cette prise de possession fut enterré avec deux pièces françaises. On pense que des explorateurs du XIXe siècle tels que les Hamelin et les Freycinet sont descendus eux aussi à terre dans le secteur. En janvier 1998 une équipe dirigée par M. Philippe Godard de Nouméa et Mr Max Cramer de Geraldton découvrit l'une des pièces. Au mois d'avril de la même année, une équipe du Musée maritime assistée par deux opérateurs de détecteurs de métaux, Mr Bob Sheppard et Mr Bob Creasy, localisa ce qui semble être la bouteille de prise de possession. En vertu de la loi sur l'archéologie maritime, ce site est désormais protégé comme un des sites de débarquement européen les plus importants de l'Australie occidentale. Prière de ne rien emporter d'autre que des photographies et de ne laisser rien d'autre que les empreintes de vos pieds. Pour plus d'information, vous pouvez prendre contact avec le Musée maritime d'Australie Occidentale."
En 1770, Cook débarque sur la côte Est de l'Australie. Deux ans plus tard, Louis de Saint Aloüarn prend possession de la côte Ouest, au nom du Roy... Grande comme quatorze fois la France, l'Australie est un continent autant qu'une île. Elle reste pourtant inconnue jusqu'à ce que James Cook débarque sur la côte orientale en 1770.
Les Français eux aussi explorent les mers australes, à partir de l'île Maurice (ex-Isle de France). Le 16 janvier 1772, Yves de Kerguelen part en expédition sur la flûte La Fortune, accompagné par Louis Aléno de Saint Aloüarn qui commande la gabare Le Gros Ventre . Le 12 février, les deux navires mouillent aux abords d'une terre inconnue. Dans le brouillard, les deux bateaux se perdent de vue.
Chacun essaie de poursuivre sa mission, et c'est ainsi que Saint Aloüarn prend possession de nouvelles terres au nom du Roy. On est le 30 mars. Un parchemin et deux écus en argent sont scellés dans une bouteille, enterrée au sommet d'une falaise, dans la Baie des Requins.
Les Anglais ont mis pied à l'est, les Français à l'ouest. Ni les uns ni les autres ne savent qu'ils ont découvert un même et immense territoire. Le Gros Ventre rejoint Port-Louis à l'Isle de France, où personne ne l'attendait plus.
Le 27 octobre, sur la route du retour en France, Louis de Saint Aloüarn meurt d'épuisement et de maladie. La nouvelle de sa découverte de terres vierges n'arrivera jamais à la Cour de Louis XV. Cinquante ans plus tard, les Anglais proclament leur souveraineté sur l'ensemble de l'île-continent. Depuis 1788, ils ont implanté des colonies à Botany Bay, puis Sydney.
Dès 1792, un autre Breton débarque en Australie : Gabriel Huon de Keriliau, né en 1769 à Saint-Pol-de-Léon. Il est un pionnier de l'élevage intensif du mouton et, aujourd'hui encore, il compte sur place une importante descendance.
La même année, le Brestois Jean-Michel Huon de Kermadec (né en 1748) explore les côtes australiennes et la Tasmanie. Son nom a été donné à plusieurs lieux, et même à trois végétaux dont une variété de pin de Tasmanie (lagarostrobos franklinii).
La découverte de Saint Aloüarn fut oubliée pendant 150 ans. Elle suscita plusieurs missions historiques au début du XXe siècle pour retrouver la fameuse bouteille aux écus d'argent. Sans succès jusqu'au 16 janvier 1998.
Ce jour-là, sur l'île désertique de Dirk Hartog, l'ingénieur Philippe Godard et son ami australien Max Cramer retrouvent les premiers objets symbolisant la prise de possession. Le journal de bord du Gros Ventre disait donc vrai ! Les archéologues du Western Australia Maritime Museum ont depuis confirmé l'authenticité de la découverte.
L'Australie a failli devenir bretonne...
Un peu plus de détails ...
Précédés par les Portugais et les Hollandais dans la région, les Anglais et les Français se lancent à leur tour à l’exploration de la zone Pacifique et des mers australes au XVIIIe siècle. L’histoire a notamment retenu le nom du grand navigateur anglais James Cook, mais la part des Français a été également très importante et, comme le constatent les historiens anglo-saxons, ce sont des marins bretons qui ont mené la plupart des expéditions à la recherche du mythique “continent austral”, au-delà des terribles “40e rugissants”.
Il faut citer les noms de Julien Crozet, d’Yves de Kerguelen, deMarion-Dufresne, de Surville et de bien d’autres grands marins bretons injustement oubliés aujourd’hui. Parmi eux, il convient de sortir de l’ombre Louis Aleno de Saint Aloüarn qui prit possession officiellement de l’Australie occidentale au nom du roi de France Louis XV,il y a 234 ans.
Né à Guengat, en pays Bigouden, en 1738, Louis de Saint Aloüarn s’engagea dans la marine à 17 ans et il avait déjà une brillante carrière à son actif lorsque son ami Yves de Kerguelen lui proposa en 1771 de participer avec lui à une expédition de recherche du continent austral.
Partis de Port-Louis le 30 avril 1771, les deux officiers gagnèrent d’abord Port Louis, à l’île de France (aujourd’hui Maurice), et de là, à bord de deux petits navires, ils s‘élancèrent vers le sud de l’Océan Indien.
Le 11 février 1772, l’expédition arriva en vue d’une terre montagneuse qu’Yves de Kerguelen prit pour le continent austral (et qui n’était qu’un archipel désolé dont l’île principale a la taille de la Corse).
Dans le brouillard et la neige qui tombait à gros flocons, les deux bateaux se perdirent de vue. Yves de Kerguelen, pressé d’annoncer au roi qu’il avait découvert le fameux continent austral, rentra au plus vite en France après une brève escale à l’île de France.
Pendant ce temps, Saint Aloüarn, après avoir vainement recherché le navire de Kerguelen, décida de poursuivre le programme prévu avec lui au départ de l’expédition et à mettre le cap vers l’Est. Il arriva le 17 mars en vue des côtes de la Nouvelle-Hollande (l’Australie, dont le contour était encore très mal connu) et les suivit en remontant vers le nord.
Le 30 mars 1772, il en prit possession au nom du roi.
Épuisé et malade comme la plus grande partie de son équipage, souffrant du scorbut et sans doute de la typhoïde, Saint Aloüarn gagna l’île portugaise de Timor, puis le port hollandais de Batavia (aujourd’hui Djakarta) et, de là, le Port Louis où l’arrivée du navire causa une grande surprise.
À bout de force, Saint Aloüarn y fut hospitalisé et il y mourut le 27 octobre 1772 (il avait seulement 34 ans !), non sans avoir dicté une longue lettre adressée à Yves de Kerguelen pour lui faire part de sa prise de possession de l’ouest de la Nouvelle Hollande. Il n’y eut pas de suite et le nom de Saint Aloüarn tomba dans l’oubli.
Cinquante ans plus tard, les Anglais qui devaient installer une première colonie à l’autre bout de l’Australie en 1788 proclamaient leur souveraineté sur l’ensemble de l’île-continent.
En janvier 1998, cependant, une expédition archéologique franco-australienne menée par Philippe Godard réussissait l’exploit incroyable de retrouver les marques de la prise de possession de 1772 et la nouvelle faisait le tour du monde...
Les Iles St Aloüarn sont un groupe d'iles et de rochers au Sud-Est du Cap Leeuwin situé à l'Ouest de l'Australie.
En 1772, St Alloüarn était dans la région et en 1792 elles furent nommées par le navigateur français Antoine d'Entrecasteaux.


Comments
En tout cas très bel article comme toujours ! C'est un plaisir de venir apprendre tant de choses sur ton blog !
Je te souhaite une très très bonne soirée et une bonne nuit, mes amitiés et à bientôt !
Je remarque que les bretons sont nombreux à avoir foulé le sol australien. Dommage que les écrits ne soient jamais parvenus au roi.
Je ne connaissais pas cette partie de l'histoire. Merci pour cette note, je l'ai lue avec intérêt
Bisous et bon jeudi
Ton reportage est des plus intéressants. Bonne soirée. Gros bisous
merci de ton article !! j'avais jamais lu cette info
c'est bien dommage pour nous j'aurais bien aimé voir le pavillon français sur cette terre d'Australie
salut @+
merci Windy.Je dois t'avouer que j'ai connu St Aloüarn il y a peu de temps au hasard de recherches sur "mes" découvreurs.Tu penses si j'ai bondi sur l'info...
bonne journée
Bonjour Durin. De toutes façons on se serait certainement tapé dessus avec les Anglais comme au Canada et je ne crois pas , hélas, que notre roi aurait fait plus de cas des français d'Australie qu'il n'en a fait des français d'Amérique...
merci de ta visite et amitiés.
Je savais cette expédition, sauf qu'on en avait retrouvée des traces en 1998...
Concernant le fait que le royaume de France s'est "désintéressé" d'une expansion coloniale sur ces rivages australs, je me permet une rectification car on entend si souvent décrier le formidable roi que fut Louis XV ; ras-le-bol des "clichés" !
Lorsque Saint-Alouarn prit "possession" de ce bout du monde en 1772 au nom du roi, le roi Louis XV se mourrait puisqu'il décéda en 1774. Le royaume avait à régler les problèmes inhérents à sa succession, quoique déjà organisée, mais rien n'était simple vu le contexte politique européen de l'époque...
Louis XV a bénéficié au début de son règne d'un grand soutien populaire ce qui lui vaut le surnom de « Bien-Aimé ». Au fil des années sa faiblesse dans la prise de décisions et les intrigues incessantes impliquant ses maîtresses lui valurent l'effondrement de sa popularité...
Sous son règne, la France a connu de grands succès militaires sur le continent européen et acquis pacifiquement le duché de Lorraine, mais perdu le contrôle d'une grande partie de son empire au profit des Anglais. Les réformes menées par Louis XVI par la suite avaient toutes déjà été initiées par Louis XV, et quelles réformes !
Quant à Louis XVI, l'élan colonial du royaume ne pouvait porter sur des terres aussi lointaines comme l'Australie car les efforts diplomatiques, financiers et militaires allaient aux Insurgents en pleine Guerre d'indépendance américaine (1775-1783), ce dès 1778 en ce qui concerne l'aide française massive pour l'époque.
Voilà pour "éclairer" la raison principale du soi-disant "désintérêt" quant à la prise de possession de l'Aistralie par Saint-Alouarn...
@mitiés :-)
hello Will . merci de ces si ntéressants et fondés éclaircissements...Mais je suis extrêmement chauvin et je pense que si les Anglais ont pu le faire, les Français auraient pu et su le faire aussi...Tu me convaincras difficillement sur le sujet.
Tout en reconnaissants les succés militaires en Europe, il faut reconnaître que
Louis XV -(le-bien-aimé au début de son régne) avait un désintérêt certain pour la politique et n'a jamais été en contact direct avec celle du pays. Il ne voyait que rarement ses ministres et agissait souvent à l'encontre de leurs attentes, avec de la faiblesse dans ses prises de décisions.Les intrigues de cour décidaient de la marche des évèvements, alors que Voltaire citait le Canada comme "quelques arpents de neige"..
Il est mort en 1774, onze ans après le traité de Paris (1763), humiliant pour la France, contrainte d'abandonner le Canada, la vallée de l'Ohio, la rive gauche du Mississipi et plusieurs Antilles. Les Français renoncent à toute prétention politique sur l'Inde où ils conservent 5 villes démantelées et sans garnison. Ils abandonnent également leurs comptoirs du Sénégal, sauf l'île de Gorée.
Et puis, tu seras d'accord avec moi, si tout le monde était tout le temps du même avis, la vie serait d'un monotone effarant.....Amitiés
Ce n'est pas une question d'être d'accord ou pas, juste une remise en perspective du contexte de l'époque quant à la découverte des terres australes françaises et tenter d'expliciter pourquoi le pied français n'a pas pris racine en Australie (ni ailleurs) à cette époque précise.
De plus, hormis l'époque de Colbert et sa création d'une véritable marine royale sous Louis XIV, la France n'a jamais pu rivaliser avec la puissance maritime anglaise qui pouvait envoyer des escadres là où les Français ne le pouvaient.
Quant aux Amériques et le corps expéditionnaire du formidable roi Louis XVI, des ancêtres y étaient auprès de M. Donatien de Vimeur, comte de Rochambeau et M. Gilbert Motier, marquis de La Fayette...
Moi aussi, j'étais à Yorktown (Virginie)... en août 1967, ha, ha !
Vive le Roi :-)